(Dossier) Les réseaux sociaux: Nouveau terrain d'expression du mécontentement citoyen

(Dossier) Les réseaux sociaux: Nouveau terrain d’expression du mécontentement citoyen

Le web social a introduit de nouvelles pratiques mais également de nouveaux moyens d’expressions populaires. En effet, si Internet et les réseaux sociaux sont de puissants outils de promotion commerciale, ils sont désormais tout autant utilisés comme des outils de débat public au service d’une démocratie plus participative. Le web 2.0 et les réseaux sociaux sont devenus en quelques années à peine, le terrain privilégié de la contestation populaire. Les récents mouvements de contestations populaires illustrent avec avec brio ce basculement qui constitue en soi une petite révolution sociale. Retour sur ces événements et analyse des nouvelles formes d’opposition qui naissent et s’expriment désormais sur les réseaux sociaux, posant également des questions fondamentales sur le nouveau rôle d’Internet et sur la notion fondamentale de liberté.

Les réseaux sociaux : Une forme nouvelle de démocratie, de nouvelles formes d’expressions citoyennes

Des sociétés ultra-connectées favorisant la prise de parole citoyenne

Les internautes prennent la parole et débattent de plus en plus sur Facebook et Twitter. La relative anonymat que permet le web décomplexe les utilisateurs face à la prise de parole sur l’actualité et la chose politique, c’est un fait. En effet, il n’est pas rare sur les timelines des réseaux sociaux de voir de houleux débats naître et y voir des insultes fuser… Ce fût le cas en France de nombreuses fois au cours des derniers mois à propos du Mariage pour tous et de la PMA, ou plus récemment au sujet de « l’affaire Dieudonné ». L’ultra connectivité des société modernes a modifié deux éléments fondamentaux dans nos modes de communication : la vitesse – sans omettre la fréquence évidemment – et le volume des échanges.

Cette hyper-connectivité impacte bien des choses dans nos vies quotidiennes : façon de travailler, de communiquer, fréquence de communication et accès à l’information notamment. Ces modifications provoquent un véritable changement de paradigme. En effet, aujourd’hui la manière dont on perçoit la politique et notre façon de la vivre est bien moins subie qu’alors. Internet a permis une rupture importante dans la conscience et l’imaginaire collectif : les élites politiques semblent désormais plus accessibles qu’à une époque pas si lointaine. Elles aussi prennent part aux échanges et jouent le jeu de la communication 2.0, même si cela leur demande un nécessaire apprentissage.

 

L’ère du e-citoyen : quand le digital modifie les modes d’expression et d’interaction

La naissance de l’e-citoyen et de l’e-démocratie : deux concepts sociologiques développés au début des années 2000 constituent, là encore, une évolution sociale importante. Le concept de l’e-citoyenneté a été porté et popularisé notamment par Paul Matthias qui établit une réinterrogation nécessaire du concept de citoyenneté avec l’avènement d’Internet. L’e-démocratie, second concept fort cohabitant avec le premier, est quant à lui un concept plus anglo-saxon s’interrogeant sur la nécessité de « vivifier la démocratie » à l’aide d’initiatives citoyennes : afin de favoriser notamment le renforcement et la transparence de l’information, le dialogue et la participation citoyenne à l’action publique. Deux concepts modernes qui émergent avec ce que l’on considère aujourd’hui « le web social et participatif ».

L’émergence puis le triomphe des réseaux sociaux depuis 2006 – avec Facebook notamment, ont permis à l’expression populaire de prendre nouveau tournant : les citoyens sont devenus plus actifs car Internet donne aux utilisateurs la possibilité de s’exprimer directement sur des sujets publics. Les outils et les espaces sont nombreux : blogs, réseaux sociaux, magazines en ligne, sites d’information, portails… Ils permettent aux citoyens de bénéficier d’espaces de discussion accessibles de presque n’importe où et faciles à prendre en main. Enfin, ces outils permettent une mobilisation et une coordination plus facile. Facebook ou Twitter, pour ne citer que les plus connus, permettent cela avec une facilité déconcertante que ce soit par le biais d’événements ou de hashtags crées sur ces plateformes. Aujourd’hui, on constate que la participation à la vie démocratique se fait sous différentes formes en ligne et avec de nouveaux outils. Les modes d’interaction entre citoyens sont plus fréquents et plus aisés grâce au numérique.

 

L’e-démocratie : Les réseaux numériques au service de la participation citoyenne et de la mobilisation collective

On évoquait en début d’article la vivification de la participation citoyenne et le développement de la mobilisation collective. En effet, depuis près de 7 ans, on a vu fleurir, surtout aux Etats-Unis plusieurs initiatives politiques innovantes stimulant ainsi la participation des citoyens à la vie de la cité. Le gouvernement Obama, qui a su utiliser les réseaux sociaux lors de sa première élection en 2008, a décidé de favoriser l’émulation et l’implication citoyenne en entreprenant plusieurs choses : modernisation de la gestion des services de l’État (avec consultation publique) et le lancement d’appels à idées ouvert à tous avec récompense à la clé. En 2012, les électeurs ont pu voter aux primaires du Parti démocratique unifié avec leurs téléphones portables.

L’Asie a également décidé de prendre le train en marche, par le biais de la Corée du Sud, avec la mise en place du vote électronique. Toutes ces initiatives, très appréciées, constituent autant de véritables révolutions sociétales qu’une progression vers une démocratie plus participative, plus moderne en somme.

 

Les mouvements de contestations populaires désormais diffusés sur Internet : l’ère de l' »e-révolution »

Facebook et Twitter, des outils de mobilisation : L’exemple du printemps Arabe

Ce qu’on appelle communément « printemps arabe » est, pour le résumer rapidement, un ensemble de contestations populaires ayant eu lieu dans le monde Arabe en 2011-2012. Ces mouvements révolutionnaires nationaux sont nés, en partie, sur les réseaux sociaux. Les nouvelles technologies ont joué un rôle clé dans la naissance, l’émergence puis la diffusion de ces mouvements de contestations populaires. Dans un deuxième temps, ces outils ont permis notamment aux média étrangers de s’intéresser aux phénomènes et de disposer d’images. Cependant, une chose est certaine : le web a permis à ces mouvements contestataires de mieux se structurer et de s’organiser pour les actions collectives. Twitter, par son instantanéité a été un vecteur important d’informations. Le rôle des réseaux sociaux est clé dans la diffusion de l’information et la mobilisation citoyenne lors des ces mouvements. Le blogueur et l’entrepreneur Egyptien, Wael Ghohim, fût l’un des acteurs majeurs de la contestation égyptienne sur les réseaux sociaux et a participé activement sur Twitter a relayer les événements sur place et a été un relai important pour les média étrangers.

Le cas du mouvement Turque : « La révolution ne sera pas télévisée mais Tweetée »

En Juin 2013, le mouvement de contestation turc a commencé à faire du bruit sur les réseaux sociaux. Les média traditionnels turques ne relayant pas l’information, la mobilisation et la communication se sont alors effectuées sur Twitter. Comme lors du printemps arabe, les réseaux sociaux prennent le relais des média et permettent de partager des informations de première importance : appels au rassemblement des manifestants, présence des forces de l’ordre dans les parages, lieux où se faire soigner…Les réseaux sociaux ont également servi à alerter l’opinion internationale sur la situation sur place. Cette mobilisation virtuelle permet à la contestation turque d’étendre son audience, comme l’explique une partie des militants sur le web. C’est le cas de @yolgezerestel qui alerte au jour le jour des non-dits des média turcs.

La mobilisation ne se limite pas seulement à Twitter et Facebook, puisque les manifestants utilisent tous les genres de sites communautaires existants pour communiquer sur ce qui se passe sur place, tels que WordPress, Tumblr et Blogspot (http://turkishpolicebrutality.tumblr.com/, http://occupygezipics.tumblr.com/). Ces outils de blogging sont devenus les principaux canaux utilisés par les protestataires pour échapper à la censure des média locaux et rendre compte en temps réel des actions sur place. Vine est également utilisé par des vidéastes amateurs pour témoigner des événements sur place.

Le cas des mouvements français : bonnets rouges et pigeons

En France, les mouvements de contestation nés sur le web existent également. Certes, ces mouvements n’ont pas la dimension des troubles turques ou arabes, mais ils méritent tout de même l’attention. En effet, plusieurs de ces mouvements sont nés entre 2012 et 2013. Il y a eu notamment les « pigeons » et « les bonnets rouges ». Les anciens acteurs de la contestation sociale (syndicats, presse indépendante, associations, partis politiques…) ne jouant plus leur rôle d’opposants, les mouvements fleurissent et se structurent sur Internet. De fait, les réseaux sociaux constituent désormais le terrain privilégié des révoltes populaires.

Ces collectifs citoyens, nés sur le web, occupent de plus en plus le terrain médiatique et bénéficient de surcroît d’une puissance de plus en plus importante, à tel point qu’ils peuvent désormais influer sur les décisions politiques. Par exemple, les pigeons, les entrepreneurs qui en Octobre 2013 fustigeaient les réformes de la fiscalité induites par le Budget 2013, ont donné le signal de la révolte contre la taxation des plus-values. Les bonnets rouges ont obtenu le report de l’écotaxe. Dernier exemple, le mouvement des anti-mariages pour tous ont littéralement fait reculer le gouvernement sur la PMA (procréation médicalement assistée) et la GPA (gestation pour autrui) , deux mesures qui étaient pourtant à l’origine prévues dans la loi sur la famille prévue pour 2014.

Le militantisme et la contestation populaire connaissent une nouvelle ère, celle de « l’e-révolte ». Internet et les réseaux sociaux s’avèrent être difficiles à censurer et à filtrer. Des mouvements de plus en plus structurés naissent et utilisent le web et les réseaux sociaux pour diffuser de l’information, se mobiliser et s’organiser.

Des enjeux sociaux et politiques d’importance pour les années à venir

Le numérique constitue depuis sa naissance une véritable révolution technologique et sociétale. L’émergence des réseaux sociaux a permis la naissance de nouveaux modes d’interaction. Dans le champs politique d’abord avec Barack Obama lors de sa campagne en 2008 qui a su lui aussi utiliser internet comme un outil de mobilisation et de débat public. Dans le champs social ensuite, l’hyperconnectivité est encore plus accrue (big data, objets connectés…) et renforce encore un peu plus la puissance des « e-contestations » à venir. En effet, Twitter gagne chaque année de millions d’utilisateurs, les nouveaux réseaux sociaux de photos et de vidéos notamment et les nouvelles pratiques qui en découlent, l’interactivité, permettront-ils aux mouvements de contestations citoyens d’arriver encore à un autre niveau ? Donnez-nous votre avis en commentaire de cet article !

Q.R

 

POUR ALLER PLUS LOIN

Bibliographie :

– Dominique Cardon – La démocratie Internet : Promesses et limites, la République des idées, Paris, Seuil, 2010
– Manuel Castells L’ère de l’information. Vol. 1, La société en réseaux, Paris, Fayard – L’imaginaire d’Internet La Découverte, Paris, 2001, 273 p.
– LA FING – La confiance numérique : De nouveaux outils pour refonder la relation entre les organisations et les individus », FYP Éditions, collection « La fabrique des possibles ».

Webographie :

La Tribune

Hypothèse

L’Humanité

Cercles Les Echos

Libération

France Culture

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