L'Open data : Définition, enjeux et perspectives

L’Open data : Définition, enjeux et perspectives

L’Open data est aujourd’hui une tendance, un mouvement qu’on ne peut plus nier. De son origine associative à son évolution, à sa large diffusion sein de la société civile et des collectivités territoriales, le mouvement de l' »Open Data » est devenu incontestablement un mouvement global. L’émergence de la « Big Data », en parallèle de l’Open data, soulève de nouvelles problématiques et interroge de nouveau la notion de démocratie. Quelles perspectives, quelles évolutions et rôle ? Etat des lieux et Analyse.

L’Open data : définition et historique

Définition, origine et idéologie

Pour démarrer une définition de la notion d’ « open data » s’impose. « Open » signifie « ouvert » et une « data » renvoie à l’idée d’une donnée numérique d’origine privée ou publique. L’open data est le procédé d’ouverture des données et qui consiste à les mettre à disposition de tous facilement et gratuitement. Ce procédé est désormais aussi et surtout un mouvement global qui nous vient des milieux associatifs Anglo-saxons. La philosophie portée par ces mouvements est à l’origine profondément citoyenne. Ainsi, pour eux, un accès libre aux données participe au renforcement de la démocratie. Pour le dire autrement, l’appropriation collective et associative de l’open data doit servir à enrichir le débat démocratique, dynamiser la vie publique et contribuer à réinventer les services publics. Transparence, participation, coproduction et confiance sont au cœur de la démarche de l’open data.

Un mouvement qui ne date pas d’hier

En 2008, lors de son élection Barack Obama a contribué, en tant que responsable politique, à la popularisation du mouvement auprès de la société civile en mettant en place une politique de libéralisation des données. En France, c’est depuis 2010 que le phénomène de l’Open Data connaît une montée en puissance importante. La ville de Paris fait partie des premières villes à considérer la question. En tant que ville-capitale, sa contribution est importante et a largement participé à la popularisation du mouvement en France avec le lancement de la plateforme « Paris Data ». Cette plateforme diffusait des données publiques ainsi que des données cartographiques. La ville de Rennes a également joué un rôle important en étant la première à véritablement travailler sur l’idée de faire de l’open data un vecteur d’amélioration du service public. Comment ? En tentant de développer les services et les usages, en valorisant les données publiques ou encore en essayant de développer la citoyenneté par la transparence des données publiques. Rennes a mené une importante réflexion sur l’appropriation des données et notamment sur leur visualisation par les citoyens. Cette réflexion a débouché sur la mise en place de plusieurs dispositifs, d’initiative civile, comme le développement de services web et mobiles à l’usage des citoyens. Si le mouvement est récent auprès de l’opinion, il l’est pourtant bien moins pour les institutions européennes. En effet, le mouvement de libéralisation des données est encadré au niveau européen depuis 2003 suite à la directive 2003/98/CE du conseil de l’Europe en date du 17 Novembre 2003.
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La diffusion du mouvement de l’Open data : un enjeu politique, social et économique

La diffusion du mouvement au sein des institutions publiques

La diffusion du mouvement d’ouverture des données publiques au sein des institutions est un phénomène récent en France. Les grandes villes de l’hexagone – comme Paris ou Rennes – ont été les premières à se lancer mais ça n’est que depuis 2012 qu’on voit auprès des collectivités, une diffusion plus large de cette « philosophie ». Depuis le lancement de la plateforme publique data.gouv, le 5 Décembre 2011, – outre Paris et Rennes pionnières – les collectivités ont depuis pris le train en route. Ainsi, ce sont aujourd’hui des dizaines de villes qui mettent à disposition leurs données en libre accès. Ainsi, Montpellier, Strasbourg, Lyon, Nancy, Aix-en-provence, Toulouse, Bordeaux, La Rochelle, Nantes, Angers, Versailles ou encore Issy-les-Moulineaux ont lancé entre 2012 et aujourd’hui des plateformes web dites « Open data ». A la création de ces sites Internet dédiés, s’ajoute également la création de groupes de travail, d’ateliers et de conférences sur le sujet, forcément très importants pour la diffusion et la transmission. Globalement, les collectivités mesurent l’enjeu de ce mouvement qui prend de plus en plus d’ampleur. Pourtant, malgré ces nombreuses initiatives, la très grande majorité des collectivités peine à y aller de plein pied, ne sachant pas – ou si peu – comment mettre en place des dispositifs.

La diffusion du mouvement au sein de la société civile

La diffusion de l’idée de données publiques accessibles au sein de la société civile s’est tout d’abord effectuée auprès d’une audience dite de « geeks », une communauté généralement sensibilisée aux questions d’accès à l’information de façon libre et gratuite. Quelques grandes métropoles françaises – comme nous le disions Rennes ou Paris – ont également contribué à cette diffusion auprès de la société civile. La ville de Nantes, sous l’impulsion de l’initiative de l’association LiberTIC, a également mis en place plusieurs dispositifs allant dans le sens d’une ouverture des données publiques. Les données partagées concernaient essentiellement les transports publics, l’environnement ou encore les données culturelles type sorties, parcours ou voyages. L’objectif était multiple : améliorer les services, renforcer le lien entre administrations et citoyens, améliorer l’image de l’administration et renforcer le lien social. La société civile, grâce en partie aux réseaux sociaux, a pu se réapproprier ces données publiques pour en faire une utilisation pragmatique. Par exemple, on trouve la création de bases de données, de « data-visualisation », d’infographies, d’agrégateurs ou de cartes. Évidemment, ce mouvement continue de s’amplifier, grâce notamment, à la multiplication des initiatives citoyennes.

Enfin, on l’oublie souvent, l’exemple de Wikileaks a également permis d’accélérer la popularisation et de sensibiliser l’opinion publique sur les questions d’accès aux informations de façon libre et gratuite.

La diffusion du mouvement au sein des entreprises

En entreprise, la sensibilisation et la diffusion du mouvement est beaucoup plus limitée. On peut le comprendre. Il est évidemment plus difficile pour une entreprise d’ouvrir ses données surtout si cette entreprise base son modèle économique sur l’exploitation commerciale de celles-ci. Par exemple, les entreprises de services n’ont pas d’intérêt à le faire en l’état actuel des choses, En tout cas, pas si elles n’en tirent pas de bénéfices. La difficulté réside dans l’adaptation d’un modèle d’entreprise d’ouverture des données. En effet, il est compliqué pour une entreprise de régler le degré d’autorisation et d’ouverture de ses données sans qu’elle n’en soit affectée. Une entreprise doit-elle ouvrir ses données à ses partenaires ? Si oui, doit-elle le faire de façon entière ou régulée ? Choix difficile. Malgré la difficulté de la mise en place d’un tel écosystème, quelques entreprises partagent leurs données mais de façon limitée. Ces entreprises sont souvent issues du web et le font via des API (interfaces de programmation), qui en réalité leur servent pour le développement ou l’évolution de leurs produits ou services. Cependant, il ne faut pas s’y méprendre, les entreprises et les marques mesurent de plus en plus l’importance du mouvement. Quelques entreprises mais aussi quelques marques concentrent de plus en plus leurs efforts sur la maîtrise et l’exploitation des mannes de données aujourd’hui disponibles, pour prendre des décisions en temps réel.

Aujourd’hui, pour les institutions publiques, la société civile, ainsi que pour l’entreprise, l’enjeu principal est de trouver et de définir des nouvelles formes de coopérations. Condition essentielle à une bonne exploitation des datas.

 

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L’émergence de la « Big Data », dans le sillage de l’open data

Deux notions problématiques

De plus en plus confondues, les notions d’ « open data » et de « big data » cohabitent désormais dans le discours médiatique. Pourtant, il existe une forte distinction entre ces deux notions. L’open data consiste en l’ouverture des données alors que la « big data » désigne davantage le débordement des données et la volumétrie des données ainsi que leur exploitation. Cette distinction de définition compte, évidemment, mais pose surtout des problèmes similaires au niveau des perspectives et de l’éthique. Ce qu’il faut comprendre, c’est que l’émergence de la « big data » s’effectue dans le sillage de l’open data. En réalité, l’avènement de l’ère de l’information a créé un écosystème global – au sein duquel les citoyens souhaitent participer avec l’idée d’un renforcement démocratique – la « big data » vient encore enrichir cet écosystème en posant dans le même temps des problématiques nouvelles.

Une période de transition numérique où l’information joue un rôle central

Nous sommes désormais dans l’ère dite de « l’innovation ouverte », pour reprendre l’expression. De plus en plus populaire au sein de la société civile, l’idée de participer de façon citoyenne, continue de se développer. Ainsi, nous pouvons dire, pour reprendre l’expression d’Henri Verdier, que nous vivons une transition numérique où l’information joue un rôle considérable. Avec le mouvement de « la Data », la donnée numérique se démocratise largement mais pose aussi des problèmes en termes d’éthique. Pour Henri Verdier, chargé auprès de J-M Ayrault du développement de la plateforme Open Data en France, ce mouvement est assimilable à une nouvelle révolution industrielle. Une révolution dans laquelle le citoyen se trouve au cœur. Pour lui, le citoyen a clairement un rôle à jouer. En effet, les membres de la société civile sont de plus en plus impliqués dans l’information. Aujourd’hui, le modèle du collaboratif – dans le sens de l’échange solidaire et du copartage – se fige et permet à de nouveaux acteurs d’émerger. Cette « transition numérique », et nous le croyons, va à terme modifier les rapports sociaux, l’économie mais également nos modes de vie.

Q.R

Categories: Open et Big Data
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